• Cyril Hussenet

Est-ce que thérapeute est un bon plan de carrière ?


"Deux hommes allaient sur une route, lorsqu’un génie leur apparut. Le génie dit au premier :

« Demande-moi ce que tu veux, et je te l’obtiendrai.

Simplement, je ferai le double à ton compagnon de route.

De sorte que si tu me demandes cent pièces d'or, je lui en donnerai deux cents. »

Le premier homme se pinça les lèvres, puis dit en jubilant : « Crève-moi un œil… »

Conte populaire"

👉🏼 Notre monde est peuplé de jaloux

En France, par exemple, chacun tente de discréditer son voisin en l’accusant de gagner de l’argent.

Cela s’observe chez ceux qui élaborent les impôts – « il est temps que les riches paient ! ». Ou chez ceux qui ont la parole – je pense aux journalistes.

Voici un classique du genre :

« Le marché des médecines alternatives offre quantité de dérives sectaires, dont la motivation principale est d’ordre lucratif, l’argent. »

Ici, la proie est facile : les médecines alternatives, sur lesquelles on tape à tout bout de champ, pour la simple raison qu’elles contrarient le Système de Santé et les lobbies.

Reprocher à quelqu’un de « se faire de l’argent » le discrédite à tous les coups, sans nécessiter de preuve. En fait, l’auteur s’appuie sur la jalousie qui est en nous pour justifier son propos.

👉🏼 Mais profitons-en pour parler de ce sujet délicat :

Les médecines alternatives permettent-elles de s’enrichir de façon simple, rapide – et malhonnête ?

Combien gagne votre thérapeute ? Quand on arrête un instant de fantasmer sur les quartiers chics de l’Ouest parisien… on s’aperçoit que la plupart des thérapeutes gagnent mal leur vie.

Par exemple, un naturopathe de province facture en moyenne 50 euros pour 75 minutes de consultation (0,66€ la minute) !

Pour vous donner une idée, une visite chez un généraliste en France coûte 25 euros et dure en moyenne 16 mn 24 secondes (1,52€ la minute).

Le naturopathe facture 2 fois moins qu’un médecin… au bas mot, car il n’est pas rare qu’une première séance dure 90 minutes (!) chez un nutrithérapeute, acupuncteur, psychothérapeute, praticien du shiatsu, naturopathe, etc.

C’est fou quand on sait que l’Assurance Maladie reverse plus aux médecins que les 25 euros que vous payez… Voyez plutôt :

« Un médecin généraliste touchait 31,49 euros par consultation en 2014, selon un document de l’Assurance Maladie qu’a pu se procurer le site Pourquoi docteur. Et là aussi, c’est moins que dans de nombreux pays comparables : en Allemagne, un généraliste touche au final 60 euros par patient en moyenne. »

Même à prix cassé, ces thérapeutes dévoués ont du mal à attirer les clients. Après tout, 50 euros reste un prix dissuasif… d’autant que la consultation chez un thérapeute n’est pas remboursée par la Sécurité Sociale (contrairement à la visite chez le généraliste).

Cinq patients par jour pour un naturopathe sérieux

👉🏼 Autre fantasme : le nombre de patients.

Un médecin généraliste voit en moyenne 22 patients par jour (avec des pics à 60 !) .

Ce serait totalement inenvisageable pour un praticien de santé alternative. En poussant, ils peuvent recevoir dix personnes par jour – surtout s’il s’agit de patients connus.

Mais un naturopathe consciencieux, comme Nicolas Wirth, se limite à cinq consultations par jour.

Ne pas confondre « chiffre d’affaires » et « salaire net » Un calcul rapide vous permettra d’établir qu’à raison de 20 jours de travail par mois (en moyenne), le chiffre d’affaires mensuel des thérapeutes varie entre 4 000 à 8 000€ (tout dépend de la spécialité et du prix de la consultation).

Mais ce n’est pas la somme que le thérapeute empoche.

Il faut déduire :

- la TVA – 26% pour la France

- des charges sociales que n’ont pas les médecins !

- les impôts

- les frais de comptabilité et de secrétariat

- la location du cabinet

- les aménagements pour l’accueil du public

- les équipements, machines, ordinateurs

- les factures de chauffage, d’électricité, de téléphone, d’Internet

- les frais bancaires, les assurances

- les innombrables démarches administratives (certifications, mises aux normes, etc.)

- la formation continue

- les consultations en approches alternatives pour pouvoir conseiller encore mieux

- les frais de publicité (petites annonces…)

Enfin, il y a les incertitudes :

- Vais-je avoir suffisamment de demandes de consultation ce mois-ci ?

- Le patient va-t-il annuler au dernier moment ? Auquel cas le thérapeute en est pour ses frais.

- Et enfin, le thérapeute n’a pas de congés payés, ni de jours fériés payés. S’il ne travaille pas, il ne mange pas !

D’ailleurs, il ne pourrait de toute façon pas se permettre de prendre autant de vacances qu’un salarié.

👉🏼 Quand on déduit tout, un thérapeute peut s’estimer heureux s’il lui reste 2 000 € nets (par mois) de façon à peu près régulière.

2 000 €, c’est honorable. Mais ils ne sont clairement pas en train de « s’en mettre plein les poches comme des gourous sectaires ! ».

A-t-on besoin de statistiques pour comprendre ? Regardez autour de vous...

Je vous mets au défi de me présenter un seul praticien de santé alternative qui s’est enrichi significativement grâce à son cabinet.

Sans connaître l’état de son compte en banque, il y a des signes qui ne trompent pas :

Votre thérapeute roule-t-il en voiture de sport flambant neuve ?

Votre thérapeute porte-t-il une Rolex différente tous les jours ?

Votre thérapeute part-il en vacances trois fois par an ? – l’automne à Bali, l’hiver à Miami, et l’été à Capri…

Votre thérapeute possède-t-il une grande villa dans un quartier huppé avec piscine intérieure chauffée, ainsi qu’une « maison de campagne » ?

Votre thérapeute collectionne-t-il les œuvres d’art ?

Je pense que les cas sont isolés… mais qu’en aucun cas la pratique des médecines alternatives a permis à quiconque de faire fortune.

A vrai dire, c’est même l’inverse :

Les thérapeutes sont plus courageux que la moyenne.

Les praticiens de santé alternative sont plutôt des personnes altruistes qui prennent des risques importants pour pratiquer leur approche de la santé.

Nous avons parlé des risques financiers.

Il y a aussi les risques juridiques – venant des autorités, des patients, des proches du patients – notamment lorsque le patient ne guérit pas.

Les médecins, eux, ne risquent rien à prescrire des traitements inefficaces. Or il y en existe beaucoup, des traitements officiels inutiles. Je vous en parle tous les jours.

De toute manière, les médecins sont protégés des tribunaux tant qu’ils s’en tiennent aux protocoles officiels – y compris si leur traitement tue des patients.

Les praticiens de santé alternative ne bénéficient pas de ce genre de protection. Ils font preuve de courage en acceptant de prendre en charge des malades en phase terminale, qui ont perdu tout espoir.

C’est donc un miracle que les médecines douces progressent alors qu’elles « paient moins » que la médecine conventionnelle.

Malgré le confort et la protection qu’offre la médecine conventionnelle, on connaît tous un médecin qui s’est reconverti dans l’acupuncture ou l’homéopathie. C’est d’autant plus louable que cela représente pour eux une baisse de leur rémunération.

Cela prouve que l’altruisme existe encore !


✒️ Texte initial de Éric Müller.


[EDIT 03/08/20 par Cyril Hussenet : pour être en accord avec la loi, préférer les termes "thérapeute=praticien", "patient=client", "traitement=conseil", etc. ]

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